La grogne des viticulteurs est juste: comme beaucoup de professionnels du monde agricole, ils n’arrivent plus à vivre de leur dur labeur, et leur pouvoir d’achat se réduit d’année en année. Comment ne pas exprimer sa colère?
Pourtant, à l’inverse d’autres produits agricoles «bruts», le raisin se transforme en vin avec une personnalité, une bouteille, une étiquette. Pourquoi se focalise-t-on sur les 164 000 hectares australiens? Pourquoi les Espagnols réussissent-ils à bien vivre sur leurs 1,2 million d’hectares, et les Français souffrent-ils sur leurs 900 000 hectares et parlent d’arrachage comme solution? Les solutions appliquées en Espagne sont connues: des circuits courts entre le vigneron et le distributeur, plus d’une cinquantaine de marques fortes, qui ont réussi à ne pas se couper des générations montantes grâce à une communication continue et adaptée, une politique d’exportation intelligente simple et orientée marque/cépage. Le vin français est loin de ce schéma.
A force de défendre un esprit traditionnel, de tenir un langage œnologique ésotérique, sophistiqué et donc élitiste, il a été coupé d’une génération peu encline à se compliquer la vie sur un produit qui a perdu pour elle trois vertus principales: plaisir, modernité et convivialité partagée. L’autre cause de ce marasme vient de l’éparpillement des intervenants: caves coopératives, négociants, propriétaires, collectifs et interprofessions multiples avec leur lot de notables, plus à même de défendre leur position sociale locale que d’avoir la volonté de se fédérer pour mieux défendre les vignerons. A titre d’exemple, dans notre région, Gaillac possède trois caves coopératives, un organisme Appellation Gaillac, qui lui-même participe à l’interprofession Vins du Sud-Ouest. Est-ce la meilleure manière de défendre notre vignoble?
La reconquête passera avant tout par une action collective de l’ensemble des régions viticoles, mais la tentative organisée dans ce sens l’an dernier par l’association Afivins s’est soldée par un échec retentissant, lié aux individualismes locaux. A quoi servent les millions engloutis dans des campagnes interprofession (Côtes du Rhône, Vins du Languedoc, Vins de Loire...) si le consommateur est incapable de se repérer dans les linéaires et de faire la différence entre un château à 2€ et un autre à 10€?
Pour se développer, les professionnels du vin devront avant tout oublier les histoires de clochers et d’ego, se regrouper, s’organiser, simplifier leur organisation et leur offre, accepter enfin les règles du marketing et de la communication autour d’un projet bien «ficelé» .
Jean charles Espy
site source : Agoravox.fr