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Cabernet Franc : la revanche tranquille du cépage de Loire
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Découverte 3 min de lecture

Cabernet Franc : la revanche tranquille du cépage de Loire

AuteurL'équipe Vin-Web
Publié le2 mai 2026

Longtemps relégué au rang de second couteau derrière son rejeton bordelais, le cabernet franc s'impose en 2026 comme le cépage chouchou des sommeliers. Enquête sur une réhabilitation qui sentait bon le bourgeon.

Il fut un temps, pas si lointain, où prononcer le mot cabernet franc dans un dîner parisien provoquait une moue polie, ce micro-rictus que l'on réserve aux vins « un peu verts ». En mai 2026, le vent a tourné. Sur les cartes des restaurants étoilés, dans les caves à manger de Belleville comme dans les bars à vins lyonnais, le breton — son petit nom ligérien — trône désormais en majesté. Comment ce cépage discret, parent du cabernet sauvignon, a-t-il opéré sa mue ?

Un cépage longtemps mal-aimé

Pendant des décennies, le cabernet franc a souffert d'une réputation tenace : celle d'un vin rustique, parfois végétal, à la fameuse note de poivron vert qui faisait grincer les dents des dégustateurs. Cantonné aux appellations de Chinon, Bourgueil, Saumur-Champigny, il était l'éternel second face aux gloires bordelaises. Les anciens millésimes, vendangés trop tôt sur des sols ingrats, n'arrangeaient pas l'affaire.

Mais voilà : le réchauffement climatique, ce trublion qui rebat les cartes du vignoble français, a offert au breton ce qu'il attendait depuis toujours — de la maturité. Les étés plus chauds de la dernière décennie ont gommé les pyrazines responsables de l'amertume végétale, révélant un fruit éclatant, une chair veloutée, des tanins soyeux.

La nouvelle garde ligérienne

Une génération de vignerons a saisi la balle au bond. À Chinon, Bertrand Sourdais, Pierre Borel ou les frères Puzelat sculptent des cuvées d'une finesse bourguignonne. À Bourgueil, le domaine de la Butte signe des vins de terroir d'une précision chirurgicale. Et à Saumur, la galaxie autour de Romain Guiberteau ou des Roches Neuves continue d'élever le cabernet franc au rang de grand cru ligérien.

Le résultat ? Des bouteilles entre 18 et 60 euros qui rivalisent désormais avec des saint-émilion deux à trois fois plus chers. De quoi faire réfléchir l'amateur fatigué de la spéculation bordelaise.

Au-delà de la Loire

Le phénomène déborde largement de son berceau historique. Dans le Libournais, le cabernet franc redevient majoritaire dans certains assemblages de Cheval Blanc et d'Ausone. Dans le Sud-Ouest, du côté de Bergerac, des vignerons en font des cuvées 100% bluffantes. Même la Provence et le Languedoc s'y mettent, avec des résultats parfois étonnants.

Comment le déguster ce printemps ?

Mai est probablement le mois idéal pour redécouvrir ce cépage. Sa fraîcheur naturelle, sa buvabilité, son fruit croquant en font le compagnon rêvé des premières asperges, d'un agneau de Pâques tardif, ou d'une simple tartine de rillettes de Tours sur la terrasse d'une guinguette de bord de Loire.

Servez-le légèrement rafraîchi, autour de 15-16°C — surtout les cuvées légères type cabernet franc de soif. Pour les vins de garde issus des grands terroirs de tuffeau, comme un Chinon « Clos de la Dioterie » de Charles Joguet, accordez-leur une carafe et 17°C. Vous y trouverez de la framboise écrasée, du graphite, une touche florale presque pivoine, et cette signature crayeuse qui fait pleurer les amateurs.

L'œnotourisme suit le mouvement

Bonne nouvelle pour les voyageurs : la route du cabernet franc, entre Chinon et Saumur, s'est dotée ces dernières années de caves troglodytiques rénovées, de tables d'hôtes vigneronnes et même d'un sentier vélo balisé long de 87 kilomètres. Le breton n'est plus seulement un vin : c'est devenu une destination.

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