
Savoie viticole : l'échappée alpine entre lacs et vignes en altitude
Loin des cohues estivales du Bordelais, la Savoie déroule en juin un vignoble vertigineux où la Jacquère trinque avec les sommets. Cap sur trois jours d'altitude, de coteaux et de fraîcheur bienvenue.
Pendant que la France œnophile s'agglutine sur les routes saturées de Saint-Émilion ou Châteauneuf-du-Pape, une poignée d'initiés bifurque vers l'est. Direction la Savoie viticole, ce vignoble confidentiel niché entre lac du Bourget, massif des Bauges et combe de Savoie. En juin 2026, alors que la canicule rôde dans la vallée du Rhône, l'altitude savoyarde joue les climatiseurs naturels. Une escapade fraîche, gourmande et résolument décalée.
Jour 1 : Chignin, la sentinelle des Bauges
On commence par le commencement : Chignin et ses tours médiévales plantées au milieu des vignes, comme des sentinelles oubliées d'une guerre que personne ne se souvient avoir menée. C'est ici que la Jacquère, cépage roi de Savoie, donne ses blancs les plus tendus, minéraux à faire grincer les dents d'un sommelier parisien.
Arrêt obligatoire chez les Quénard – ils sont plusieurs, ne cherchez pas à démêler l'arbre généalogique, contentez-vous de goûter. La Roussette de Savoie, plus rare, offre une rondeur qui rappelle pourquoi Brillat-Savarin, enfant du pays, savait de quoi il parlait. Déjeuner sur place : diots polenta et un verre de Mondeuse, ce cépage rouge poivré qui pourrait bien être le cousin oublié de la Syrah.
Jour 2 : Apremont, Abymes et la route des éboulis
Cap au sud vers Apremont, dont le nom n'est pas une coquetterie : en 1248, le mont Granier s'est effondré, ensevelissant villages et chapelles sous des millions de mètres cubes de calcaire. Sept siècles plus tard, la vigne pousse sur ces éboulis et donne des blancs vifs, perlants, parfaits sur une raclette estivale (oui, ça existe).
La route serpente vers Les Abymes, plateau lunaire ponctué de blocs erratiques où les vignerons cultivent avec une obstination touchante. Visitez le domaine Saint-Germain ou Adrien Berlioz pour comprendre la biodynamie alpine, cette version musclée du calendrier lunaire qui doit composer avec un climat schizophrène.
Le soir, descente sur Aix-les-Bains. Le lac du Bourget au coucher du soleil, un verre de Chignin-Bergeron (la Roussanne locale) en terrasse : on a connu pire programme.
Jour 3 : Combe de Savoie et Mondeuse en majesté
Dernier jour, dernière révélation. La combe de Savoie, entre Montmélian et Albertville, abrite les meilleurs terroirs de Mondeuse, notamment à Arbin et Cruet. Ce rouge méconnu, longtemps relégué au rang de vin de bistrot savoyard, connaît une renaissance spectaculaire portée par une nouvelle génération – Giachino, Trosset, Genoux – qui le travaille avec la précision d'un horloger genevois.
Profitez-en pour grimper jusqu'au fort de Tamié : panorama sur les Bauges, fromage d'abbaye, et la sensation rare d'avoir trouvé un vignoble qui n'a pas encore basculé dans l'œnotourisme industriel.
Carnet pratique
Comptez trois jours minimum, une voiture (les routes serpentent), et de bonnes chaussures pour les coteaux pentus. Réservez les visites de domaines : les vignerons savoyards sont accueillants mais souvent seuls à la barre. Et n'oubliez pas : ici, on dit « santé », pas « tchin ».
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